musique

Ceux qui lisent mon blog depuis un moment déjà ont sans doute remarqué que l'apprentssage de la musique tient chez nous une place de choix: sur quatre enfants trois pratiquent un instrument, dont deux au conservatoire (et le troisième y entrera sans doute l'année prochaine, le quatrième commencera à jouer quand il sera un peu plus grand et sera en mesure de fournir un vrai travail), Pour moi, c'était une évidence: je suis née dans un pays où la culture musicale est très développée, ma maman y était prof de piano, il aurait donc manqué un petit quelque chose dans l'éducation de mes enfants si je ne leur avais pas ouvert cette porte-là. Mais bien au-delà de ça je réalise à postériori à quel point il est important de jouer d'un instrument, au moins autant que de savoir faire des additions ou connaître les grandes lignes d'Histoire, et à quel point cette culture-là est souvent négligée, reléguée au niveau de simple "loisir" au même titre que le sport.

Mais en quoi est-ce si important me direz vous? La musique est partout, il suffit d'allumer la radio...

Et bien c'est comme si je vous disais: à quoi bon d'apprendre les maths? Il suffit de prendre la calculatrice. A quoi bon apprendre le français? Il y a bien le correcteur de l'ordinateur. Voilà donc une liste de raisons non-exhaustive qui devrait faire s'interroger ceux qui doutent encore de l'importance de cet enseignement, au même titre que n'importe quelle autre discipline, en particulier pour des enfants à haut potentiel intellectuel.

  • apprendre la perséverance. Pour jouer, il ne suffit pas de comprendre, il faut travailler. Même si l'enfant est très doué, ses capacités naturelles seront très rapidement insuffisantes puisque, comme pour tout cours particulier, le rythme imposé est le sien: ainsi, un enfant qui a des facilités avancera plus rapidement qu'un autre qui a davantage de mal, mais les deux devront fournir du travail pour progresser.
  • apprendre la rigueur. Un instrument, c'est aussi et surtout un travail exigeant et régulier, y compris le week-end et pendant les vacances. Tout arrêt de plus de quelque jours entraîne une légère regression et donc davantage de travail pour la rattraper.
  • apprendre à gérer la frustration. Et la dépasser grâce à la perséverance et à la rigueur.
  • apprendre à se contrôler. Un instrument, c'est fragile, on ne peut pas le lancer de colère; de plus, la plupart des instruments requièrent une certaine position du corps qu'il s'agit de mainenir.
  • apprendre la concentration tout en effectuant plusieurs tâches en même temps (lire la partition, produire les bons sons, maintenir sa position corporelle, suivre le bon rythme, écouter le métronome, travailler les nuances...)
  • développer la motricité fine. Il s'agit de muscler et renforcer le contrôle de ses doigts
  • développer l'intelligence. Les études le prouvent, jouer de la musque est un exercice complexe qui fait intervenir plusieurs zones du cerveau à la fois et crée de nouvelles connexions nerveuses.
  • exprimer ses émotions autrement qu'avec des mots. Indispensable, en particulier pour les êtres à fleur de peau que sont les petits "surdoués"!
  • apprendre à se présenter, s'exprimer devant un public. Dans les écoles de musique et au conservatoire les enfants s'habituent aux auditions dès leur plus jeune âge, d'abord devant un public de parents, ensuite devant des inconnus lors des représentation de l'orchestre ou journées portes ouvertes.
  • rencontrer d'autres musiciens, notamment grâce aux cours collectifs (formation musicale et chorale) et en participant à l'orchestre dès la troisième année. Idéal pour enfants timides ou homeschoolers!
  • développer une culture musicale et avoir accès à cet immense patrimoine. Soyons honnêtes, combien de non-initiés écoutent-ils régulièrement la musique classique? Sont capables, dès les premières mesures, de faire la différence entre Paganini et Vivaldi? Mozart et Bach? La musique, à fortiori la musqie classique est avant tout un langage, les oeuvres sont étroitement liées au vécu et à la personnalité des compositeurs mais aussi à leur époque. C'est aussi une autre façon de découvrir l'Histoire. Aussi, un enfant qui joue lui-meme sera davantage en mesure d'apprécier le travail des virtuoses car il est capable de se rendre compte de la difficulté et du travail que cet art exige.
  • renforcer les liens dans une fraterie, quand plusieurs enfants jouent: ici, le grand Onzeans accompagne son petit frère de six, alors que par temps normal ils ont beaucocup de mal à se trouver des affinités en commun.
  • se conformer à une autre manière de faire, à un autre adulte et à un cadre différent, en particulier pour des enfants en homeschooling.

 

 

Si, en tant que parent, vous souhaitez proposer à votre enfant cet apprentissage il est cependant utile que vous sachiez quelque petites choses, afin d'éviter les déceptions et les déconvenues. Tout d'abord, sachez que votre motivation et votre présence sont indispensables, et ce d'autant plus que votre enfant est jeune. Dès le début, si le travail n'est pas très chronophage (15 à 30 minutes par jour, suivant les professeurs et la capacité de votre enfant à se concentrer) il doit être régulier et surtout demeure complexe. Un petit de six-sept ans même motivé aura tendance à "décrocher" rapidement, faire des tests, produire des sons désordonnés plutot que de travailler. Il est indespensable donc que vous soyez là pour veiller à ce qu'il applique bien les consignes, quitte à lui laisser du temps pour s'amuser avec son instrument une fois qu'il a terminé le travail. C'est extremement important, en faisant cela vous aidez votre enfant à prendre dès le début de bonnes habitudes. De plus, comme le professeur s'adapte à votre enfant, il est NORMAL que ce dernier soit rapidemet confronté aux difficultés; il est primordial à ce moment-là que vous sachiez le rassurer et motiver. Nombre d'enfants très doués arrêtent parce qu'ils ne savent pas gérer ces difficultés qui surviennent alors qu'ils ont habitude de tout réussir du premeir coup!

Sachez également que tout au long de l'apprentissage il y aura des moments avec une baisse de motivation qu'il faudra savoir gérer; la plupart des enfants veulent arrêter à un moment ou un autre. Un de ces caps particulièrement difficiles est la deuxième année: l'attrait de la nouveauté n'y est plus, le travail devient plus technique et plus redondant, les exigences du professeur augmentent alors que sa tolérance diminue, et par ailleurs l'enfant n'est pas encore assez à l'aise pour pouvoir réellement s'amuser et y prendre du plaisir. Il faut beaucoup de patience, de diplomatie et d'engagement de la part des parents pour dépasser ce cap et continuer. Au-delà, généralement, les choses sont plus faciles car la routine est bien installée, le professeur et votre enfant se connaissent bien mutuellement, l'enfant plus autonome et les oeuvres plus intéressantes. Néanmoins, votre intérêt pour la musique et votre présence auprès de l'enfant continueront à jouer un rôle important pendant encore bien des années, car l'apprentissage de la musique est avant tout un travail et un effort dont le fruit est loin d'être immédiat.

Sachant cela vous êtes motivé et avez envie de tenter l'aventure? Voilà quelque autres questions que vous vous pousez sans doute:

 

A quel âge commencer?

Il est inutile de débuter trop tôt: l'enfant n'est pas encore en mesure de fournir un effort soutenu et mis à part quelque méthodes bien précises vous aurez du mal à trouver un professeur sérieux capable d'enseigner correctement à un enfant de moins de cinq-six ans. En revanche, vous pouvez sensibiliser votre tout-petit dès le plus jeune âge: il n'est jamais trop tôt pour les comptines, chansons, taper des mains en rythme, écouter les airs les plus connus (et les plus faciles à retenir) du répertoire classique, lire des albums dans lesquels les musiciens et les instruments sont présents, écouter des livres-CD en voiture... tous les moyens sont bons pour éveiller la curiosité, et, comme votre enfant s'empreigne du langage, il s'empreignera petit à petit de la culture musicale.

 

Les cours d'éveil musical sont-ils utiles?

Oui et non. Tout d'abord, accordons-nous sur ce que l'on entend par l'éveil musical: en effet, il y en a pour tous les âges, tous les goûts, aussi bien donnés par des particuliers aux bébés que ceux du conservatoire à partir de 5 ans. Je parlerai de ceux que je connais: éveil musical dans une école de musique et au conservatoire. Généralement, on y prend des enfants dès la moyenne ou grande section (4 ou 5 ans donc), pour une durée de deux ans, en vue de les sensibiliser aux sons, aux rythmes, et leur faire découvrir les instruments en vue d'en choisir un à six ou sept ans (en fonction des établissements). Ces cours sont ludiques mais restent à la fois plutôt scolaires, en groupe de 10-15 élèves. Le professeur leur fera apprendre des chansons, mais aussi à écouter le rythme, effectuer des mouvements en chantant, etc. Personnellement, sur trois petits "musiciens" seuls deux y sont allées: mon aîné avait commencé le violon directement à 7 ans, le second avait fait une seule année (dans une école de musique) et s'y est ennuyé, son envie profonde étant d'apprendre à jouer, il a donc commencé le piano l'année d'après; le troisième fait sa deuxième année au conservatoire et y va surtout parce qu'il faut y aller, lui aussi a commencé le violon cette année en cours particuliers. Néanmoins, je tenterai d'y inscrire le quatrième l'an prochain, ne serait-ce que pour qu'il prenne ses marques dans l'établissement. Sachez toutefois que si vous avez une idée précise de l'instrument que vous voudriez voir votre enfant jouer ces cours peuvent vous desservir: en effet, on essaie souvent d'y promouvoir les instruments pour lesquels il y a le moins de demande,

 

Quel instrument choisir?

Certains enfants tombent amoureux d'un instrument dès leur plus jeune âge, auquel cas la voie est toute tracée, cependant, la plupart sont moins catégoriques, jusqu'à être complètement indécis (un jour il veut jouer du piano, le lendemain de la flûte, le surlendemain de la contrebasse!). Pour ma part, j'ai réstreint le choix: ainsi, mon aîné qui n'avait pas d'envie particulière dans la matière avait choisi entre le piano et le violon, deux instruments que mon mari et moi aimons beaucoup: pensez que, comme je le disais plus tôt, la motivation du parent est au moins aussi importante que celle de l'enfant, vous vous engagez là à des années de fausses notes, autant qu'elles soient d'un timbre que vous êtes capable de supporter :)  Toutefois, tous les établissements proposent aussi des journées portes ouvertes qui permettent d'essayer les instruments et rencontrer des professeurs, et nombreux instruments seront montrés à votre enfant s'il suit un cours d'éveil musical. Il est possible aussi qu'il change d'instrument en cours de route: mon deuxième, qui avait commencé le piano, a dû arrêter au bout de un an car nous avions de très graves soucis financiers; et puis, cette année, à presque 9 ans, il est tombé littéralement amoureux du.. violoncelle!! Nous avons rencontré un professeur, elle l'a trouvé très doué et a même réussi, cas exceptionnel, à le faire entrer au conservatoire en milieu d'année et hors tout concours. En effet, ce que l'enfant aura appris sur un autre instrument n'est pas totalement perdu: il aura quand même appris à lire les notes, développé le sens du rythme et l'oreille musicale; ainsi, même si'il change d'instrument vers 9-10 ans ces acquis lui permetteront de rattraper rapidement son retard.

 

Peut-il apprendre à jouer alors que ni lui ni moi ne connaissons le solfège?

Oui! Ce que l'on demande, c'est de la motivation, l'envie d'apprendre et, pour les écoles de musique et conservatoire, quelque prédispositions comme par exemple une oreille musicales (savoir reconnaitre une note grave d'une note aiguë) ou un certain sens du rythme; tout le reste lui sera enseigné par ses professeurs en temps et en heure.

 

Cours particuliers? Ecole de musique? Conservatoire?

Voilà une question très pertinente et à la fois très personnelle dont chaque option a ses propres avantages et inconvénients, la réponse dépend beaucoup de vos priorités et de la personnalité de l'enfant.

  • Un professeur en cours particuliers vient généralement à la maison, s'adapte à votre rythme et à vos attentes, C'est le mode d'apprentissage le plus "cool" et qui bouscule le moins l'enfant mais qui, si mal choisi, risque aussi de s'avérer le moins efficace: en effet, nobreuses personnes proposant des cours ne sont pas de vrais professeurs mais des musiciens ayant fait deux ou trois cycles au conservatoire, ils ne sont donc pas nécessairement formés pour enseigner et, si elles peuvent tout aussi bien aprendre votre enfant à jouer et lui transmettre leur passion, ont de grandes chances aussi d'être moins exigeants et lui faire prendre de mauvaises habitudes, notamment sur des points techniques (tenue de l'instrument, gestes moins précis...). Ce n'est pas gênant tant que la musique reste un "loisir", mais risque de devenir très handicapant s'il tente ensuite d'entrer au conservatoire en vue d'obtention d'un diplôme! De plus, votre enfant n'aura pas de cours de formation musicale en plus du cours d'instrument - le professeur lui expliquera au fur et à mesure ce qu'il a besoin de savoir pour progresser - il n'aura pas non plus de chorale et surtout, pas d'auditions: vous ne pouvez donc pas évaluer le niveau de ses autres élèves et votre enfant n'aura pas l'occasion de rencontrer toutes les semaines ses pairs. Pour être sûr de la qualité d'enseignant du professeur vous pouvez en engager un qui travaille au conservatoire: ce sera la solution la plus onéreuse, envisagez cela surtout si votre but est que l'enfant puisse passer le concours d'entrée au conservatoire plus tard.
  • Le conservatoire assure une instruction musicale de qualité et permet de valider chaque cycle par des diplmes, tout en étant relativement bon marché car financé en partie par l'Etat; les frais d'inscription y varient aussi en fonction de votre quotient familial et sont dégréssifs pour plusieurs enfants. Le niveau y est élevé, la quantité de travail et la pression aussi: ainsi, il ne convient pas à tous les enfants ni à toutes les familles. En réalité, il s'agit d'un établissement scolaire, avec ses obligations de présence, ses bulletins trimestriels, ses contrôles et ses examens. L'entrée s'y fait de deux manières - pour les débutants dès 7 ans, il s'agit d'un entretien où l'enfant rencontre un comité de professeurs qui évaluent ses capacités et sa motivation, s'il a fait son éveil musical dans le conservatoire l'avis du professeur et l'assiduité compteront également. Pour certains instruments comme le piano ou le violon, pour un enfant lambda y entrer est davantage une question de chance que de réelles capacités tant le nombre de prétendants dépasse celui de places disponibles! Ainsi, si cela n'a pas fonctionné ne soyez pas trop déçu: votre enfant peut, en attendant, travailler en cours particuliers ou dans une école de musique et préparer un concours d'entrée pour début ou milieu de cycle, en fonction de son âge et niveau. Sachez que même si votre enfant est pris ce n'est pas gagné d'avance: à la fin de la première année (et en fin de chaque cycle, voire à d'autres moments) le professeur peut choisir de ne pas le garder s'il juge que son travail est insuffisant. Il faut donc que votre enfant ait un minimum de facilités, beaucoup de rigueur et un état d'esprit plutôt challenger pour envisager ce mode d'apprentissage; le mien, pourtant doué et qui a été parmi les meilleurs lors de son concours d'entrée, a quand même eu beacoup de doutes et de difficultés en fin de la première année dans cet établisement, tant la quantité de travail et l'exigence de rigueur sont importants. Cependant, une fois la prise de conscience et une certaine remise en question faites et le rythme de croisière atteint, il y a eu une progression fulgurante et il a pu tirer le meilleur parti de ses capacités naturelles, il a 20 de moyenne en solfège, est le seul "troisième année" des premiers violons de l'orchestre, passera son examen de fin de cycle avec un an d'avance, aux dires de sa prof il fera probablement son deuxième cycle en seulement deux ans s'il est rigoureux, il y a aussi trouvé pas mal de copains, lui, qui était montré du doigt au collège: la preuve que c'est possible et que si votre enfant a les capacités, la motivation et beaucoup de forces intérieurs le conservatoire est un terrain fertile pour le tirer vers le haut voire en faire un musicien accompli.
  • Une école de musique est une solution à mi-chemin entre les cours particuliers et le conservatoire, certaines sont plus ou moins "rattachées" au conservatoire et disent suivre le même programme, mais leur niveau est incontestablement moins élevé. Ce sont souvent des petites structures (même les plus importantes sont loin d'égaler le fourmillement d'un conservatoire!), parfois totalement privées, parfois financées en partie par la commune, certaines ont le même nombre d'heures qu'un conservatoire, voire des bulletins trimestriels; c'est très bien pour débuter car la liste d'attente est moins longue qu'au conservatoire et l'établissement est à taille humaine tout en donnant une instruction plus large qu'un simple cours de musique, proposant les cours de formation musicale, chorale voire orchestre en plus de l'instrument ainsi que les auditions, mais si votre enfant se révèle vraiment doué et a envie d'apprendre plus je vous conseille de tenter le conservatoire par la suite.

 

Naturellement, comme partout, il s'agit de choisir non pas ce qui est "le mieux" dans l'absolu mais ce qui convient le mieux à votre enfant, votre mode de vie, vos priorités et votre disponibilité... il est également possible de passer par les trois "formules": je ne cacherai pas, par exemple, que pour mettre toutes les chances de son côté pour une entrée au conservatoire il n'est pas inutile d'envisager quelque mois de cours avec un enseignant du conservatoire, non pas pour faire du piston mais pour travailler précisément les points techniques que le jury regarde et qui ont pu être négligées dans une pratique moins rigoureuse au sein d'une école de musique par exemple.

 

Bref, faire une place pour la musique semble assez compliqué et contraignant au premier abord, mais tellement enrichissant qu'il serait dommage de s'en priver.

 

 

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