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Tout le monde ou presque autour de moi s'accorde pour dire que l'instruction en famille apporte énormement aux enfants. Toutefois, les gens ont plutôt du mal à comprendre la satisfaction que moi-même je tire de cette activité: non, je n'élève pas des Tanguy en puissance "pour les garder pour moi", je ne les coupe pas du monde non plus - bien au contraire, il n'auraient pas pu faire autant d'activités "extrascolaires" s'il étaient scolairisés- et surtout, contrairement aux apprences, j'y trouve un enrichissement personnel et une stimulation intellectuelle qui me manquaient tant dans ma vie d'avant, l'IEF, en plus d'un rythme adapté à mes enfants et un meilleur niveau "scolaire" m'a surtout aidé à me retrouver. Voilà donc déjà un petit bout de temps que j'avais envie de poster un message plutôt personnel, que je réfléchissais à la meilleure tournure à lui donner, à la meilleure manière d'expliquer avec les mots ce que je ressens depuis des mois, des semaines, des années peut-être mais que je n'ai su visualiser que maintenant. Le homeschooling y est-il pour quelque chose? Oui certainement, car une fois sortis des sentiers battus on ne cesse de s'interroger et se remettre en question. Ainsi, sauter le pas et ne plus confier l'éducation de mes enfants à d'autres a été le premier pas vers une envie d'autre chose.

 

Vers un besoin d'autre chose.

 

 

Enfant, dans ma Russie natale, j'étais proche de la nature, passant dehors tout mon temps libre, jouant des heures à jouer avec des princesses faites en corolles de fleurs, fabriquant toute sorte de choses avec des matériaux de récupération, des bouts de tissu, de la pâte à modeler, passant des heures à dessiner et à peindre aussi. Et puis vint l'adolescence, l'envie d'être comme tout le monde (ce que je n'ai jamais vraiment réussi dans le fond..), la France aussi et la société de consommation. Je me suis perdue. Si la peinture a subsisté quelque années encore, les aléas de la vie et la course effrenée à.. quoi au juste? ont fini par me détourner de tout ce que je suis au plus profond de moi.. Déprimes, colère, sensation d'oppression, envie de plus, envie d'en mettre plein les yeux, envie de prouver je ne sais quoi à je ne sais qui... à rentrer dans la "bonne" société coûte que coûte, à être "comme il faut" avec les gens pas toujours choisis, ni triés, ni sincères. Et toujours ce mal-être comme une douleur sourde.

 

La découverte du haut potentiel intellectuel de mes enfants a été une première piste. Me renseigner à ce sujet, lire des livres comme des témoignages et faire le parallèle avec mon propre vécu a peu à peu amené une prise de conscinence: non, je ne suis pas comme "tout le monde" et je ne le serai jamais quoi que je fasse; j'ai un fonctionnement cognitif et émotionnel différents de ceux de la majorité, des besoins différents aussi. Je peux apprendre à vivre en société mais pour cela je dois avant tout identifier ces fameux besoins et apprendre à me respecter.  Plus facile à dire qu'à faire... d'autant plus que je cumule bon nombre de "handicaps" typiques de surdoués, incompréhensibles pour les autres tout aussi bienveillants soient-ils.

 

Comprendre les différences de mes enfants ainsi que les miennes m'a amené à poser un oeil (encore plus) critique sur l'Education nationale, incapable de s'adapter à leurs besoins; de fil en aiguille j'en suis venue à les sortir de ce système normalisateur aliénant. Et puis, instruire mes enfants m'a reconsillié avec moi-même. Je prends confiance en moi puisque je les vois progrésser grâce à mon travail. Plus de place pour la procrastination ni perfectionnisme maladif et paralysant: c'est là, maintenant, tout de suite qu'ils grandissent et apprennent. Je me couche épuisée après des journées bien remplies, avec la satisfaction d'avoir fait ce que je devais faire, et quel bonheur de les voir s'améliorer dans des matières qui posaient problème, de reprendre confiance en leurs capacités, à devenir plus autonomes! La stimulation intellectuelle dont j'ai tant manqué est là elle aussi: tous les jours j'apprends. Que ce soit au sujet de la pédagogie ou des sujets si passionnants et qui sont devenus totalement exotiques pour moi depuis que je suis adulte: "Que mangent les libellules?", "Qui a inventé les langues?" , "Comment se forme l'électricité?", "L'Amazonie, c'est que au Brésil?"...

 

Toutes ces questions existentielles pour un enfant de six ou huit ans amènent bien sûr beaucoup de recherches qui y sont directement liées mais aussi et surtout portent à s'interroger quant à nos valeurs, notre mode de vie. De quoi ai-je vraiment envie? Qu'est-ce qui compte pour moi? Je réalise par exemple que j'ai un besoin vital de me reconnecter avec la nature, de sortir de la ville, d'aller gambader dans la forêt, ramasser des pommes de pin et des champignons, d'aller observer les fameuses libellules ou construire une cabane ou encore de préparer une fournée de muffins pour le petit déjeuner et voir leurs mines ravies dès le matin. Qu'étaler la peinture sur un carton me procure autant de plaisir que quand j'étais ado. Que quand je recherches des idées d'activités créatives sur Pinterest j'ai les mains qui brûlent d'envie de me mettre à l'oeuvre. Que j'ai vraiment envie d'apprendre une nouvelle langue. Que la photographie, délaissée faute de temps avec les débuts de l'IEF, me manque également et qu'il faut absolument que je réussisse à m'octroyer du temps pour m'y remettre. Que les automnes or et feu de mon enfance me manquent aussi, de même que les premiers flocons en novembre et des parties de luge en hiver jusque la nuit. Je réalise que notre vie, nos préoccupations de tous les jours, la course à la subsistance et à la consommation nous ont privé depuis des années de ces plaisirs qui font la saveur d'une vie. Je remarque les cernes sous les yeux de mon mari, et ses premières rides qui se creusent au coin de ses yeux, fruit de toutes les nuits sans sommeil passées à travailler pour un résultat incertain.. 

 

Alors bien sûr, pas question de tout plaquer et de partir vivre dans une yourte comme d'autres - je ne suis ni assez courageuse, ni suffisamment "nature" pour cela: je tiens à mon petit confort de femme au foyer occidentale, j'aime passer une heure chez le coiffeur, manger dans un restaurant, craquer pour un petit pull chez Zara, passer à la librairie quand cela me chante. Et puis, dans l'éducation des enfants il y a des choses que je considère comme indispensables et qui nécessitent un coût et des infrastructures qui nous empêcheraient de trop nous éloigner d'une ville et de mener une vie totalement bohème: musique, hockey sur glace, piscine, cours de langues... d'ailleurs, chéri, lui non plus ne serait pas partant pour une aventure où les belles chaussures n'auraient plus leur place :) . Néanmoins nous réfléchissons sérieusement à un changement de vie, à rétablir un équillibre entre la nature et la civililsation, entre la consommation et la liberté de créer, entre une vie sociale de qualité et la possibilité d'être soi-même, entre la nécessité de gagner sa vie et des projets épanouissants d'un point de vue personnel. Une vie plus en accord avec qui nous sommes.

 

Affaire à suivre...